2:

Claude Ribbe commémore Gaston Monnerville à Paris

Claude RIBBE, conseiller délégué du 6e arrondissement, le 17 novembre à Paris

Monsieur le Président de la société des amis du président Gaston Monnerville, vice-président du Sénat, et cher Georges Patient, Monsieur le Conseiller de Paris délégué auprès de la Maire de Paris et chargé des outre-mer, et cher Jacques Martial, Monsieur le Grand Maître de la Grande Loge de France, et Cher Pierre-Marie Adam, Monsieur le Premier Ministre, président de la Fondation pour la Mémoire de l’esclavage, Mesdames et Messieurs les élus, Mesdames et Messieurs les Présidents d’association, Mesdames et Messieurs,

Le Président Gaston MONNERVILLE (1897-1991)

C’est un grand honneur et une grande joie de prendre part aujourd’hui, par délégation de Monsieur Jean-Pierre Lecoq, maire du VIe arrondissement, que je remercie pour sa confiance, à cette cérémonie en mémoire du Président Gaston Monnerville, à l’occasion du 30e anniversaire de sa mort, survenue à Paris, le 7 novembre 1991.  

Gaston Monnerville, né en Guyane, originaire de Martinique, brillant avocat, homme d’État exceptionnel, eut une carrière particulièrement édifiante : député de 1932 à 1940, sous-secrétaire d’État aux colonies (depuis ministère des outre-mer), de1937 à 1938, sénateur pendant près de 26 ans, président du conseil de la République de 1947 à 1958, et du Sénat de 1958 à 1968.

Humaniste engagé et reconnu comme tel par ses pairs, le Président Monnerville, qui a fait abolir le bagne et la relégation en Guyane, qui a pressenti la Shoah, dès 1933, fut aussi un résistant courageux.

La moindre des choses était, bien sûr, de l’honorer comme nous le faisons aujourd’hui, à l’occasion de cette indispensable commémoration, lui qui a fait entrer au Panthéon Félix Eboué et Victor Schoelcher et qui mériterait tant de les y rejoindre.

Le présent événement fait suite à d’autres étapes importantes qui ont jalonné la reconnaissance accordée par la ville de Paris à cette très grande figure de la République française, mais aussi de notre capitale, puisque le Président Monnerville résida pendant ses 22 ans de présidence au Petit-Luxembourg, un palais historique qui est bien évidemment le joyau de ce quartier de l’Odéon et de notre VIe arrondissement.

Il y a dix ans, en 2011, l’esplanade où nous sommes était solennellement baptisée du nom de Gaston-Monnerville et elle était dotée d’une magnifique effigie, offerte par la société des amis du Président, l’œuvre du sculpteur Jacques Canonici.

Au dos de ce monument, une citation gravée : « le fils d’outremer que je suis doit tout à la République ». Elle nous donne à réfléchir.

Gaston Monnerville est en effet l’une des figures les plus remarquables de ces Français nés outre-mer, mais qui ont principalement vécu en France hexagonale et auxquels on demande souvent d’où ils viennent, jamais jusqu’où ils espèrent aller. C’est à Toulouse qu’il a fait ses études et a commencé une carrière d’avocat qui devait s’accomplir à Paris. Il ne fut pas seulement élu en Guyane, il le fut aussi dans le Lot.  En 1948. Il y a soixante-treize ans. Cela aussi donne à réfléchir.

Ces Français originaires d’outre-mer, on aurait tendance à les oublier. Ils n’existent que trop marginalement dans les institutions et ils ne sont pas représentés en tant que tels, mais ils sont pourtant nombreux, puisqu’au moins 600 000 de nos compatriotes sont dans ce cas, majoritairement des Antillo-Guyanais. Ce nombre est bien plus important si l’on prend en compte les Français de l’Hexagone ayant l’un de leurs deux parents au moins né outre-mer, a fortiori les Français de l’Hexagone ayant au moins l’un de leurs quatre grands-parents ultramarin.

Ces Français nés outre-mer ou dont l’un des parents est né outre-mer représenteraient, dit-on, 8% de la population parisienne et plus de 10% des habitants de l’Ile-de-France. Cinq mille d’entre eux sont employés par la ville de Paris.

Claude RIBBE et IZVUNE, qui entretient le jardin de l’esplanade Gaston-Monnerville

Ces Français nés outre-mer ou originaires de nos départements lointains, personne ne les remercie jamais. Ils (ou plutôt elles) ont été pourtant en première ligne dans les hôpitaux pour lutter contre la pandémie. Ils et elles sont pourtant en première ligne pour garantir notre sécurité et assurer la continuité de nos services publics : dans la police, la poste, les finances, les transports. Et puis aussi pour faire triompher la France dans les compétitions ; comme ce sera le cas, on l’espère, dans trois ans, pour les Olympiades. Et puis, bien sûr, pour faire rayonner notre culture et notre belle langue.

Or, ces Ultramarins de l’Hexagone, notre sixième arrondissement les a toujours accueillis.

Pas seulement à cause du palais du Luxembourg, qui rassemble les élus des territoires éloignés, et dont beaucoup résident à proximité. Un palais entouré d’un jardin, dont l’une des sculptures évoque l’abolition de l’esclavage et où se déroule depuis 2006 une manifestation pour la journée mémorielle du 10 mai.

Pas seulement au XXe siècle, où notre arrondissement a été le point de convergence de nombreux étudiants, intellectuels et artistes, dans des cafés qui existent encore. Au XXe siècle, où nous avons eu l’honneur de compter, parmi nos habitants, outre Gaston Monnerville, des personnalités aussi remarquables qu’Aimé Césaire, Édouard Glissant, René Maran, prix Goncourt il y a 100 ans, ou encore Ambroise Vollard, né à La Réunion, qui fit connaître l’art moderne.

Le Réunionnais Ambroise VOLLARD devant l’un de ses Picasso

Pas seulement au XXe siècle mais également au siècle précédent.

Guillaume GUILLON dit LETHIERE (1760-1832)

Le peintre Lethière, né en Guadeloupe, fut professeur aux Beaux-Arts et membre de l’Institut de France, dans les locaux duquel il vécut et accueillit régulièrement Alexandre Dumas. Lethière avait ouvert un atelier réputé dans le palais abbatial de Saint-Germain-des-Prés.

Le Martiniquais Victor Mazuline, suppléant et ami de Cyrille Bissette, vécut de même dans notre arrondissement.

Victor MAZULINE (1789-1854)

Sans oublier l’écrivain Alexandre Privat d’Anglemont, un Guadeloupéen qui résida tout près.

Alexandre PRIVAT d’ANGLEMONT (1815-1859)

Et au milieu du XVIIIe siècle déjà, le désormais célèbre chevalier de Saint-George, né lui aussi en Guadeloupe, habitait les parages. Il y vécut dans sa jeunesse avec ses parents. Et il s’y réinstalla à des moments ultérieurs de sa vie.

Le chevalier de SAINT-GEORGE (1745-1799)

Ne parlons même pas de celles et ceux des habitants de notre arrondissement qui, sans être originaires des outre-mer, se sont engagés pour la reconnaissance de la dignité de leurs compatriotes, et pour leur libération, comme l’abbé Grégoire ou Olympe de Gouges.

Olympe de GOUGES (1748-1793)

Cette présence ininterrompue des Ultramarins et de leurs amis dans le Sixième, que l’on a pu constater encore il y a quelques jours, à l’occasion de la messe traditionnelle des Antilles-Guyane, le 11 novembre, qui a rassemblé près de 2000 originaires d’outre-mer à Saint-Sulpice, se traduit également par leur présence au sein du conseil municipal.

Je voudrais, à cet égard, saluer particulièrement le docteur Marie-Thérèse Lacombe, qui m’a précédé au conseil, pendant trois mandatures (2001-2020) et qui reste très active dans la vie de l’arrondissement, en particulier au sein du conseil de quartier de l’Odéon.

C’est pourquoi la commémoration de ce trentième anniversaire est loin d’être anodine. Elle revêt au contraire une grande importance. Outre que la mémoire du Président Monnerville ne doit pas s’éteindre, mais être développée, que son histoire doit être enseignée, nous nous réjouissons du fait que son esplanade puisse bientôt être enfin signalée aux passants, ce qui n’était pas le cas jusqu’à présent.

Au-delà, il est évidemment légitime que la mémoire des originaires d’outre-mer qui se sont particulièrement distingués par leur vertu et leur talent soit honorée, dans cet arrondissement comme dans les autres, qu’il s’agisse d’apposition de plaques sur des immeubles ou de construction d’effigies, comme celle qui honore cette esplanade de manière exemplaire.

Le conseil municipal et le Maire du Sixième arrondissement y sont, pour leur part, fort attentifs, car ils n’oublient rien de la diversité qui enrichit l’histoire de ce quartier, de cet arrondissement, de notre capitale, de la France, bref de notre République tout entière, une et indivisible.

Claude RIBBE et le docteur Marie-Thérèse LACOMBE