le Blog de Claude Ribbe

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jeudi 29 novembre 2007

Merci

Merci à toutes celles et tous ceux qui ont signé la pétition en faveur de la statue du général Dumas par Ousmane Sow. Des écrivains comme Raphaêl Confiant, Ernest Pepin, Marcel Zang, ou Guy Konopnicki, des éditeurs courageux que je ne citerai pas, mais qui se reconnaîtront (comme il y en a peu, ce sera facile), des journalistes, des responsables associatifs, ont ajouté leur nom à une liste de signataires qui s'allonge chaque jour. Symboliquement, nous avons décidé de déposer la pétition sur le bureau du maire de Paris à la millième signature (ce qui ne nous empêchera pas de continuer à en recueillir). En cas de mauvaise volonté du maire, nous passerions à la phase B de notre campagne, moins "attendue", comme dirait Christophe Girard (maire adjoint de Paris chargé de la Culture et donc de ce dossier). Certes, nous sommes à près de 700, ce qui n'est pas rien en deux semaines s'agissant d'un homme qu'on s'efforce de tirer de l'oubli. Mais il faut faire très vite. Si chacun d'entre ceux qui n'ont pas encore signé le faisait dès à présent et contactait une ou deux personnes de sa connaîssance sûres de signer, l'affaire serait bouclée avant la semaine prochaine. Alors, je vous en conjure, signez et faites signer cette pétition, maintenant.

La presse commence à s'intéresser à notre combat. Hier, nous avons un excellent article dans le journal Le Parisien (édition de Paris). Il mettait en évidence l'embarras de la mairie pour se justifier. Christophe Girard, que pourtant j'aime bien, n'était guère convaincant en expiquant à la journaliste qu'il n'aime pas le projet d'Ousmane Sow par ce qu'il est "trop dans l'évidence du message", parce qu'"un cheval qui se cabre, c'est beaucoup trop attendu". Je te signale au passage, mon cher Christophe, que le projet, que peut-être tu n'as pas bien regardé, ne représente pas un cheval "qui se cabre", mais un cheval qui tombe, ce qui n'est pas du tout la même chose. Un cheval qui tombe et qui va mourir, avec un homme qui se cabre pour essayer de le retenir. Peut-être n'as tu jamais vu un cheval tomber, Christophe. Moi oui. J'ai vu des chevaux tomber. Parfois, il sont tombés sur moi. Parfois ils sont tombés pour mourir et ce n'était pas "attendu". J'attendais vraiment mieux comme réponse. Christophe Girard dit aussi qu'il ten ait à "éviter la précipitation" . Depuis presque six ans que ce projet de statue a été voté par le conseil de Paris, parler de précipitation relève d'un humour assez particulier ou d'une méconnaissance totale du dossier. Et même si la décision avait été prise hier pourquoi ne pas se précipiter ? Donne-moi une seule raison, mon cher Christophe, une seule ! Tu n'aimes pas Ousmane Sow ? Tu préfères l'art conceptuel ? Alors dis-le, mais ne nous prive pas d'un chef-d'oeuvre parce que tu veux imposer tes goûts aux autres. Je te croyais plus tolérant. Le pouvoir, décidément, ne réussit à personne...

mardi 27 novembre 2007

Racisme, la guérilla aux portes de Paris

La banlieue nord de Paris connaît actuellement un embrasement sans précédent. Il n’y a aucun précédent car, cette fois, la violence exprimée à l’égard de la police est extrême et les jeunes recherchent tous les politiciens de la région pour les lyncher. D’emblée, le commissaire de police de Sarcelles, la ville voisine, a été sérieusement frappé au visage et soixante policiers ont été blessés la nuit dernière dont cinq grièvement. Il semblerait que l’usage d’armes à feu leur interdise l’entrée de la cité. Il s’agit d’une véritable guérilla. Je connais très bien Villiers-le-Bel puisque je viens d’y être candidat aux élections législatives - sans investiture et sans moyens - et que rien ne m’interdit d’y être à nouveau candidat - pourquoi pas avec des moyens, cette fois ? Car personne, non personne, ne dit que l’homme politique responsable de cette zone de non droit et du climat insurrectionnel qui y règne s’appelle Dominique Strauss-Kahn et qu’il a fui sa circonscription voici deux mois pour devenir directeur général du FMI. Le fonctionnaire le mieux pays de Washington. Les jeunes «noirs» de Villiers-le-Bel, où il avait pourtant son bureau en tant que président de la communauté de communes du Val de France, désormais c’est bien loin pour lui. Strauss Kahn a passé la main à François Pupponi, maire de Sarcelles, un partisan du communautarisme qui se dit lui aussi de gauche, mais qui passe son temps à faire la fête à Paris en payant ses additions dans les restaurants et les hôtels chics avec une carte de crédit à son nom dont les factures sont réglées par la SEM Chaleur, la société chargée de chauffer les immeubles de Sarcelles...

C'est du joli pour un haut-fonctionnaire des impôts. Au début de ma campagne - il y a un an - le chauffage, justement, était en panne depuis trois jours alors qu’il gelait. Les gens, transis de froid, étaient dehors. De jeunes enfants sanglotaient. Alors, certains habitants sont allés voir le maire pour lui demander d’intervenir. Il a fait répondre qu’il n’était pas compétent. Sans doute était-il occupé à Paris à taquiner les jolies filles du café de Flore, comme je l’ai vu faire de mes yeux, ou à donner des dîners au restaurant L’Etoile. Quand on demande à Pupponi ce qu’il fait à Paris à boire des coupes de champagne au café de Flore, alors qu’il est maire de l'une des villes les plus pauvres de France, il répond qu’il n’y a jamais mis les pieds. Car François Pupponi, non seulement est un jouisseur, mais c’est surtout un menteur. Et c’est cet homme là , listé parmi les habitués du café de Flore invités par le patron à fêter la victoire de Nicolas Sarkozy en juin dernier, qui a été investi par le parti socialiste français pour devenir député de Villiers-le-Bel! On peut comprendre, dans ces conditions, que les habitants, dégoûtés de la politique, au lieu d'aller voter, soient conduits au désespoir et qu’on en arrive à une véritable situation de guerre civile. Que s’est-il réellement passé à Villiers-le-Bel ? Selon la presse mainstream, des « jeunes» ont percuté accidentellement une voiture de police mais aucune responsabilité policière ne serait a priori engagée. Pourtant, certains proches des familles de victimes ou des témoins du drame, ont une version bien différente. Dimanche après midi 25 novembre, des jeunes Français d’origine africaine s’amusent avec des motos. Je les ai souvent vu faire. Que pourraient-ils faire d’autre un dimanche après-midi dans une ville comme Villiers-le-Bel ? La police intervient pour leur demander d’arrêter. A Villilers-le-Bel, comme dans d'autres villes du monde, les jeunes "noirs" ont peur des policiers "blancs". Deux gamins, effrayés, prennent la fuite sur une petite moto. Ils n’ont pas de casque. Le conducteur est un jeune Français d’origine malienne. Le passager est d’origine marocaine. Ils ont quinze ans et ils vont mourir. D’habitude, les journaux français comme Le Monde ou Libération, dont certains journalistes se déclarent favorables au comptage raciste de la population française disent : «un jeune noir» mais là ils ne diront rien. Une course poursuite s’engage. Les jeunes accélèrent, accélèrent encore. Une seconde voiture de police se présente face à eux pour leur barrer le passage. Le jeune pilote ne peut freiner et la percute de face. Le choc est d’une violence extrême. Les deux corps sont déchiquetés. Certaines personnes disent que les policiers auraient abandonné et la voiture et les corps inanimés des deux adolescents. D’autres affirment que les pompiers auraient mis plus d’une heure à intervenir. Parmi les camarades des deux jeunes, la colère monte et c’est l’embrasement.

Villiers-le-Bel, c’est Cité Soleil version française. Villiers-le-Bel, c’est l’exemple typique de la politique raciste menée depuis des années par la plupart des politiciens français, de droite ou de gauche, qui fréquentent les mêmes restaurants, couchent avec les mêmes maîtresses, partagent la même langue de bois, le même mépris, le même dégoût pour les «noirs» et les «arabes». Villiers-le-bel, c’est un véritable ghetto, une cité-poubelle réservée, comme Sarcelles ou Garges-les-Gonessse, aux Français à la peau noire ou aux Français musulmans, ceux dont on ne veut pas ailleurs, ceux qui font peur aux racistes, ceux qui ne sont rien, qui n’ont droit à rien. Quand on les voit à Paris, les journalistes parlent de «bandes ethniques». La bas, sous les pistes d’atterrissage de Roissy et du Bourget, les immeubles, inhumains, sont dans un état d’insalubrité notoire. Mais il y a à Villiers-le-Bel une autre particularité : la cité jouxte Arnouville, une bourgade coquette formée de pavillons souvent gardés par des chiens et habitée majoritairement par des Français «pure white » comme disent dans leurs fichiers les entreprises favorables au comptage raciste. Le rôle de la police, et notamment la police du commissariat voisin de Gonesse, est, comme on s’en doute, de protéger les «pure white» d'Arnouville des "sauvages" du ghetto. Le seul rapport que j’aie eu – indirectement - avec ce commissariat est éloquent. Pendant la campagne électorale, un de mes supporters, chargé de coller nuitamment mes affiches à Arnouville, a été délibérément suivi par une voiture de police de Gonesse qui l’avait repéré à cause de la couleur de sa peau. Lors des campagnes électorales, on colle souvent des affiches en dehors des panneaux électoraux. Mon supporter s’arrête donc à un endroit où des affiches de tous les candidats venaient d’être apposées. La police, qui n'aurait sûrement rien dit aux partisans de Dominique Strauss Kahn, lui demande ses papiers. Pas de chance, non seulement il est en règle, mais il est français. C'est un ingénieur en informatique qui s'exprime mieux qu'eux en français. Contrôle tatillon du véhicule. Les policiers sont contents, sa carte grise est périmée. C’est bénin, mais on la lui confisque. On l’accuse d’avoir collé une affiche à un endroit interdit. C‘est faux puisqu’il n’a encore rien fait. Mais, pour eux, c’est un «noir» qui colle les affiches d’un autre « noir ». Eux sont "blancs", ils ont raison d'avance. Les policiers, en toute illégalité lui prennent une affiche qui me représente et s’en vont. Pour l’afficher dans leur bureau et lancer des fléchettes sur ma photo tout en buvant des bières ? Bien qu’il n’y ait aucun motif de poursuite, les tracasseries et les convocations au commissariat de Gonesse n’ont toujours pas fini pour le malheureux colleur d’affiches.

Lors des dernières élections, l’UMP, le parti de l’actuel président, avait présenté Sylvie Noachovitch, une avocate et animatrice de télévision dont le profil ne collait vraiment pas à la réalité de la circonscription. Selon un hebdomadaire, Sylvie Noachovitch aurait exprimé à Paris, en petit comité, la profonde répugnance que lui inspirent les « noirs et les arabes ». L’information a été révélée quelques jours avant le second tour des élections. Noachovitch laisse entendre que c’est son propre parti qui a fait le coup. Toujours est il que cette « révélation » a permis à Strauss-Kahn d’être réélu. Sylvie Noachovitch nie formellement avoir tenu de tels propos. Peut-être, en effet, ne les a-t-elle jamais tenus. Il n’empêche : la nomination de Strauss-Kahn au FMI vient d’obliger le député de Sarcelles et de Villiers le Bel à démissionner de l’assemblée nationale. Il va y avoir un nouveau scrutin en janvier. L’UMP se serait empressée de désigner une fois de plus Sylvie Noachovitch comme candidate. Qu’elle ait tenu ou pas les propos qu’on lui prête, elle passe pour une raciste affichée aux yeux d’une bonne partie de la population de Villiers-le-Bel et des environs. Une partie de la presse française semble, par crainte du pouvoir, vouloir dissimuler ce qui se passe vraiment à Villiers-le-Bel. Quelle que soit la responsabilité des policiers qui ont tué deux jeunes en les percutant avec leur voiture, les événements qui enflamment à nouveau la banlieue sont incontestablement des événements liés au racisme qui, à Villiers-le Bel comme ailleurs, oppose une police perçue comme étant au service d’un communautarisme «blanc» à une jeunesse de l’immigration africaine pour laquelle la France n’a prévu aucune place, si ce n’est dans les ghettos, les prisons où les charters d’expulsion. Car il y a une vérité qu’aucun journaliste français n’a encore osé écrire : les deux jeunes que les policiers ont tué n’étaient pas blancs de peau, comme le sont la plupart des journalistes et des policiers. Lorsque, début 2006, la moto du jeune Cédric Annicette percutait accidentellement le gendarme Clin dans l’île de Saint-Martin (Guadeloupe) et causait sa mort, l’intellectuel raciste Finkielkraut, qui cautionne et attise les préjugés des élites, accusait les spectateurs présents lors du drame, parce qu’ils étaient « noirs», de s’être réjoui de la mort d’un « blanc » et d’avoir ainsi commis un "lynchage passif digne du Ku Klux Klan". Le même Finkielkraut m’accusait, moi, d’être responsable de ce « lynchage » parce que, dans un livre, j’avais comparé Napoléon à Hitler. Et aujourd’hui qu’une voiture de police tue deux jeunes « non-blancs », s’il est vrai, comme on le murmure, que les policiers «blancs» ont quitté les lieux sans s’occuper des corps déchiquetés de deux adolescents, que doit-on dire de ce qui s’est passé à Villiers-le-Bel ?

mercredi 21 novembre 2007

Les fonctionnaires racistes de l’INED et de l’INSEE doivent être exclus de la fonction publique française.

Enfin une bonne nouvelle. Malgré le forcing de certains négrologues-journalistes, comme Patricia van Eeckout du Monde, le Conseil constitutionnel a rejeté l’introduction du comptage raciste de la population française que préconisait une poignée de fonctionnaires de l’INED (Institut national d’études démographiques) et de l’INSEE (Institut national de la statistique et des études économiques). L’amendement subrepticement introduit par les députés français qui ont une vision de la société conforme au temps de l’esclavage est donc jeté à la poubelle par les juges suprêmes. C’est une grande victoire pour tous ceux qui, au nom d’une vision universelle et fraternelle du monde, se sont battus jusqu’au bout pour que la taxinomie raciste faussement présentée comme une manière de lutter contre les discriminations ait force de loi en France. Ceci étant, une enquête – désormais ouvertement déclarée raciste par le Conseil constitutionnel - est en cours à l’INED et à l’INSEE. Cette enquête menée par des universitaires qui profitent de leur situation pour diffuser leurs odieux préjugés, doit être immédiatement arrêtée. Quant à ces fonctionnaires qui prônent le racisme, ils n’ont rien à faire dans la fonction publique.

vendredi 16 novembre 2007

Statistiques racistes

Il en aura fallu du temps pour que l’introduction officielle du racisme dans les statistiques par certains fonctionnaires de l’INED et de l’INSEE, soutenus par quelques journalistes qui se moquent bien de l’objectivité qu’on serait en droit d’attendre d’eux, suscite enfin quelques réactions. Cela fait un an que j'en parle. Mais, que voulez vous, l'information est lente à remonter dans certains cerveaux. Compter les "noirs" : Napoléon l’avait déjà fait en 1807, dans la perspective d’une expulsion. Après les avoir fichés, se prépare-t-on aujourd’hui à expulser tous les « noirs » de métropole aux Antilles pour proclamer ensuite l’indépendance des DOM ? Cette « Ã©migration choisie » serait, certes, une manière radicale de préserver l’identité française. J'imagine Finkielkraut sautillant avec sa pancarte sous mes fenêtres et scandant avec Bruckner : " Les noirs aux Antilles ! Les noirs aux Antilles !" Tandis que Libération, quotidien naguère fort enclin à ficher des «noirs», a enfin changé de cap, Laetitia Van Eeckout du Monde continue à mener la croisade qu’elle a engagée depuis deux ans en toute impunité pour le fichage raciste de la population française et pour la promotion des associations chargées de soutenir cette démarche honteuse menée en faveur d’un petit lobby qui y a le plus grand intérêt. Dans des articles révoltants, sous prétexte d’informer les lecteurs de son journal qui, pour la plupart, ne comprennent rien à ce débat, cette jeune femme – Dieu sait pourquoi – explique que les «noirs» sont noirs et qu’ils doivent être fichés comme tels. C’est pour leur bien aussi qu’elle fait régulièrement la promotion de Pap Ndiaye, le maître de conférence désigné par l’establishment dès 2003 dans le cadre d’un plan soutenu au plus haut niveau pour accréditer les thèses racistes et révisionnistes d’Olivier Pétré-Grenouilleau (l’homme qui rend les Africains responsables de l’esclavage et de la traite) ou de Patrick Lozès (chargé d’un rapport sur l’empoisonnement de la Martinique alors qu’il ne sait peut-être même pas où ça se trouve simplement parce qu’il serait « noir»). Que voulez-vous, pour un raciste, il suffit d’être un bon « noir » pour être compétent sur les «noirs»… La négrologue-statisticienne en chef du Monde nous annonçait encore voici quelques jours – non sans rage - que Pap Ndiaye termine un livre «sur l’histoire des populations noires en France». Voilà deux ans qu’elle nous prédit cet ouvrage qui tarde forcément à venir puisqu'il n’est pas du tout dans les compétences - limitées au demeurant - de ce jeune homme providentiellement « noir » ! On imagine à quel point ça arrangerait Mme Van Eeckout que le torche machin paraisse enfin. Elle en trépigne, mais on ne voit rien venir et c’est assez attendrissant, au fond, de la voir se démener ainsi pour son petit protégé. Madame Van Eeckout, autoproclamée «négrologue» au Monde semble plus à l’aise pour vanter les livres qui n’existent pas encore, mais dont on sait par avance qu’ils vantent l’idéologie raciste mainstream, que pour rendre compte de ceux qui sont bien imprimés, mais vilipendent les superstitions du moment, Les Nègres de la République, par exemple. Il n’est pourtant pas si loin, le temps où Van Eeckout harcelait mon attachée de presse pour obtenir les épreuves de ce livre. Pas pour en rendre compte dans les colonnes de son journal – Oh non : omerta sur Les Nègres de la République et omerta du le livre d’Odile Tobner sur Le racisme français - mais plutôt pour informer ses amis de ce que je disais d’eux… En fait, je ne parlais même pas de Pap Ndiaye qui est bien trop insignifiant. Joli métier, décidément, que le métier de négrologue. Il faut croire en tout cas, que ma plume inquiète.

lundi 12 novembre 2007

Pétition adressée à Bertrand Delanoë, maire de Paris sortant,

Monsieur le maire,

En 1838, l'écrivain Alexandre Dumas demandait qu'une statue de son père, Thomas-Alexandre Davy de La Pailleterie, dit Alexandre Dumas (1762-1806), héros de la Révolution, premier général français d'origine africaine, défenseur acharné des droits de l'Homme, né esclave dans l'île française de Saint-Domingue (aujourd'hui République d'Haïti) fût érigée à Paris. Ce qui fut fait pour le centenaire de la mort du général, suite à une campagne menée notamment par l’écrivain Anatole France.

En 1942, par racisme, la statue du général, qui se trouvait place des Trois-Dumas (aux côtés des statues de son fils et de son petit-fils), face au consulat d'Haïti, fut abattue par l'occupant et les collaborateurs.

Après la Libération, la place des Trois-Dumas fut rebaptisée place du général-Catroux, grand résistant et grand soldat, certes, mais aussi gouverneur général de l'Indochine française et ministre résident en Algérie française…

En 2002, l'écrivain Claude Ribbe, auteur d'"'Alexandre Dumas le dragon de la Reine'' et président-fondateur de l'association des amis du général Dumas, a engagé une campagne pour la réhabilitation du général Dumas et pour la remise en place de sa statue, dont le conseil de Paris a voté le principe à l'unanimité au mois de juin 2002.

Bouleversé par la lecture du livre de Claude Ribbe, qui relatait la vie du général Dumas et par l'ingratitude de la République francaise, le sculpteur sénégalais Ousmane Sow avait ébauché un magnifique projet, présenté à votre collaboratrice, George Pau-Langevin, aujourd’hui députée de Paris, le 6 juin 2004.

Malgré les nombreuses relances de Claude Ribbe, vous avez laissé passer le bicentenaire de la mort du général Dumas, le 26 février 2006, sans faire remplacer la statue érigée par la ville de Paris à l'occasion du centenaire, en 1906…

Malgré les propos de Christophe Girard qui déclarait en 2002 qu’il fallait en remettant à sa place la statue du général « réparer une diversion de l’histoire », rien n’a été fait. Une commission aurait même trouvé le projet d’Ousmane Sow « médiocre », ce qui est d’autant plus inquiétant qu’il n’y aà Paris aucune statue de cet artiste que vous prétendez pourtant admirer et qui a suscité l'enthousiasme de 3 millions de Parisiens lors d'une exposition sur le Pont des Arts organisée en 1999. Même si, à l'époque, vous n'étiez pas maire de Paris, êtes-vous vraiment sûr que le goût de ces 3 millions d'hommes et de femmes ne vaille pas celui des membres des commissions chargées de vous donner des avis ? Au moment même où vous occultiez le bicentenaire d’un Français aussi emblématique que le général Dumas, auquel votre ville avait pourtant su rendre hommage en 1906, vous exprimiez publiquement votre soutien à Pascal Sevran qui approuvait le tourisme sexuel et exprimait son racisme de la manière la plus grossière et la plus honteuse.

Nous vous demandons aujourd’hui de clarifier immédiatement votre position en retenant l'excellent projet présenté par Ousmane Sow, qui, non seulement a été le premier à s'intéresser au général Dumas, mais qui, mieux que tout artiste, est particulièrement sensible à ce que la remise en place de sa statue peut représenter pour la France, pour l’Afrique et pour sa diaspora.

En ces temps où une certaine France exhibe volontiers sa négrophobie, il vous est facile de prendre de toute urgence les dispositions utiles pour que la statue du général Dumas par Ousmane Sow puisse être inauguré le 26 février 2008, jour anniversaire de la mort du général Dumas. Pour célébrer le 60e anniversaire de la déclaration universelle de Droits de l'Homme (1948-2008), une copie de cette statue du général, réalisée en Afrique par Ousmane Sow, sera ensuite offerte par l’association des amis du général Dumas à la République d'Haïti, accompagnée de livres de l'écrivain, son fils, destinés aux enfants déshérités des banlieues de Port-au-Prince.

Premiers signataires :

Claude Ribbe, écrivain, président-fondateur de l'association des amis du général Dumas, membre de la CNCDH. Pour soutenir l'action de Claude Ribbe et transmettre cette pétition à M.Delanoë, merci de la signer en cliquant ici Une statue d’Ousmane Sow à Paris pour le général Dumas !

dimanche 11 novembre 2007

Les partis pris du Monde : incroyable des Guadeloupéens vêtus à l’européenne !

Je voudrais féliciter Le Monde des Livres du 9 novembre 2007 et en particulier le journaliste Jérôme Gautheret, qui poursuit dans ce journal une carrière de négrologue dont j’espère qu’elle lui rapportera, comme à Olivier Pétrè-Grenouilleau, son confrère du Figaro, récompenses, considération et contrats juteux chez les meilleurs éditeurs (Grasset ou Gallimard par exemple) ainsi que des places dans les jurys littéraires. Os de poulets os de pigeons, sans parler de maintes caresses… Jérôme Gautheret, dans un « dossier » consacré aux « blessures » de l’esclavage, se garde bien, on ne s’en étonnera pas, de faire mention de mon dernier ouvrage, Les Nègres de la République –censuré puis passé sous silence - de même qu’il se garde bien évidemment de citer l’admirable livre d’Odile Tobner, Quatre siècles de racisme français (éditions des Arènes). Il réussit par ailleurs un véritable tour de force en relatant les événements liés au bicentenaire d’Austerlitz en décembre 2005 sans me citer ni citer mon livre Le Crime de Napoléon. Un cas d’école journalistique. On apprend ainsi que des associations de descendants d’esclaves sont parvenues, en décembre 2005, «à perturber les célébrations officielles du bicentenaire de la victoire napoléonienne à Austerlitz». Faut-il rappeler qu’il n’y a jamais eu de célébrations officielles du bicentenaire de la bataille d’Austerlitz, au grand dam des admirateurs de Napoléon et que la seule « perturbation » était mon livre dont la publication avait dissuadé le Premier ministre de l’époque de se rendre à une manifestation privée organisée place Vendôme ? Ce livre, on pourrait penser que Jérôme Gautheret de l’a pas lu. Pourtant, c’est le même Jérôme Gautheret qui écrivait ces lignes dans Le Monde daté du 1er décembre 2005 à propos du Crime de Napoléon , sans jamais préciser, me semble-t-il, qu’il s’agissait d’un pamphlet :

« Le récit de l’auteur est alerte et accablant. Mais ses partis pris créent vite un certain trouble. Ainsi de l’utilisation systématique et anachronique du terme "génocide" pour qualifier la répression qui s’abattit sur les population des Antilles : les exactions furent d’une violence extrême, mais rien ne démontre l’existence d’un "plan d’extermination" secret derrière les ordres lointains de Bonaparte. Par ailleurs, d’autres formules provoquent le malaise. Sous la plume de Claude Ribbe, les prisons qui accueillent les prisonniers déportés deviennent des "camps de concentration", les cales des bateaux dans lesquelles des hommes et des femmes périrent par étouffement, après avoir été intoxiqués au souffre, sont appelées "chambres à gaz"… »

Gautheret me reproche donc mes partis pris le 1er décembre 2005. Mais le 9 novembre 2007, pour saluer un livre de Philippe Régent publié par Grasset, l’éditeur de Pascal Bruckner, il le félicite de son parti pris. Un compliment des plus maladroits, car on pourrait supposer qu’un historien de métier (c'est-à -dire financé par nos impôts) n’a pas de parti pris. Alors, quel est donc ce bon parti pris qui serait aux antipodes de mes partis pris à moi ? C’est tout simple : Frédéric Régent se déclare « Ã  la fois descendant d’esclaves et de colons». Donc un livre sur l’esclavage qui ne serait pas écrit par un auteur descendant de colons est taxé de mauvais parti pris par Jérôme Gautheret et par Le Monde. Nous en prenons bonne note. Mais ce qui est curieux, c’est qu’il me semble n’avoir jamais dit, dans aucun de mes livres, que j’étais descendant d’esclaves ou de colons… Alors c’est sans doute la couleur de ma peau qui oblige Le Monde, lorsqu’il est question de moi à parler d’ « Ã©crivain guadeloupéen » (donc pas français à part entière, à cause de mes partis pris supposés), alors que je suis né à Paris. Mais que voulez-vous, quand il s’agit d’un «noir», il faut toujours justifier ses origines aux yeux des lecteurs «blancs».

Je plains Frédéric Régent, dont le livre ne me semble rien apporter de bien nouveau par rapport à des ouvrages déjà publiés qu’il ne cite pas (c’est grave s’il les a lus et tout aussi grave s’il les ignore). Faut-il rappeler que, dans un ouvrage précédent, Régent disait des sottises sur le chevalier de Saint-George (ce qui me semble curieux pour un enseignant à l’université des Antilles) ?

Mais le meilleur de ce dossier du Monde des Livres c’est son illustration (page 7 du dossier). Gautheret, de toute évidence coordinateur, a trouvé une photographie des années vingt. Un jeune couple endimanché et vêtu à la mode devant une automobile. Rien de particulier. Mais c’est la couleur de peau de ce jeune couple qui a retenu l’attention de Gautheret. Pensez donc : des «noirs» habillés ! Mais, comme de doute évidence, Gautheret a lu mon dernier livre, il ne veut pas se faire épingler en parlant de «noirs», ce qui se remarque dans ce dossier puisque c’est l’habitude du Monde de négrifier à tout va. « Noirs » par ci, « noirs » par là et toujours avec la majuscule s’il vous plaît pour bien communautariser le débat et insister sur la nécessité de statistiques ethniques (n’est-ce pas Laetitia van Eeckout ?). Donc Gautheret se creuse la tête pour trouver une formule rendant compte de la couleur de ce couple « noir ». Et voici l’incroyable résultat : « Un couple vêtu à l’européenne, en Guadeloupe dans les années 1920 » ! Vêtu à l’Européenne ? Oui, c’est écrit noir sur blanc dans Le Monde des livres du 9 novembre 2007. Gautheret et Le Monde qui l’emploie veulent rappeler aux lecteurs blancs que les « noirs », en Guadeloupe comme au Darfour, vont toujours cul nu ou avec une ceinture de bananes, sauf bien sûr s’ils sont, comme Frédéric Régent, descendants de colons. Les Guadeloupéens apprécieront, je pense. Au fait, je me permets de signaler que les éditions Gallimard publient Césaire dans la prestigieuse collection de la Pléiade. Mais Césaire n’a pas droit, comme Gobineau, auteur de l’Essai sur l’inégalité des races humaines, à un volume séparé. Non, à cause sans doute de ses partis pris, il devra cohabiter avec le «bon nègre» Senghor sous la rubrique « négritude». Senghor, lui, a eu un bon parti pris en nous expliquant que dans le concert universel le « blanc » est le chef d’orchestre tandis que le « noir» joue de la batterie. Selon lui, la raison est « héllène » et l’émotion « nègre ». D’où mes mauvais partis pris et ces « blessures » que la mémoire de l’esclavage occasionne aux descendants d’esclaves. Que voulez-vous, ces gens sont si fragiles et susceptibles… On félicitera pour cette excellente idée l’influent Pierre Nora, éditeur de Pétré-Grenouilleau chez Gallimard, oncle d’Olivier Nora, (l’éditeur de Frédéric Régent) et organisateur, en 2006, de la campagne menée auprès du ministre de la Culture de l’époque pour que le général Dumas n’ait pas de bicentenaire. En représailles de mes partis pris.

vendredi 2 novembre 2007

Négrophobe, ça eut payé...

La France - abritée derrière sa réputation de pays des droits de l’homme - est viscéralement négrophobe et cela ne date pas d’hier. Négrophobe, elle l’est, par nécessité, depuis qu’elle exploite l’Afrique, des razzias d’esclaves aux rapts d’ «orphelins», du code noir au paternalisme humanitaire. Les nuits de cauchemar, je me suis parfois demandé si un plan de déportation systématique aux Antilles et l’empoisonnement au chlordécone de tous les « nègres » de France ne traînait pas dans quelque bureau, d’où l’actuelle obsession du « comptage ethnique » pour préparer la rafle. Seulement, jusqu’ici il ne fallait pas parler de cette négrophobie nationale. Celui ou celle qui avait le malheur de rappeler l’évidence se faisait aussitôt estampiller «anti-français» par le chien de garde de service (d’autant plus féroce s’il avait lui même honte de ses origines). J’en sais quelque chose, moi dont l’essentiel des activités consiste à traquer ce travers dont les esprits bornés ayant voix au chapitre n’imaginent pas à quel point il dessert le pays, malgré notre tradition antiraciste très honorable qui finira par prendre le dessus. Parce que figurez vous, messieurs les politiques, que « négrophobe », ça eut payé, certes, mais ça ne paye plus. Vous le verrez bien assez tôt. Dans mon dernier essai, Les nègres de la République, je crois l’avoir assez bien expliqué : la prétendue « question noire » dont certains médias essaient de nous gaver à toutes les sauces depuis trois ou quatre ans signifie simplement qu’une poignée de bouffons complexés croient la chasse au nègre de nouveau ouverte, en France, en Afrique ou en Haïti. Mais gare si le prétendu « gibier » devient chasseur. Je constate en tout cas avec plaisir qu’on m’emboîte le pas. J’en veux pour preuve l’essai d’Odile Tobner, Du racisme français, quatre siècles de négrophobie (éditions des Arènes, sortie le 8 novembre) qui, c’est sûr, ne réjouira ni le dépressif Olivier Pétré-Grenouilleau, (aujourd’hui promu négrologue dans les pages littéraires du Figaro après une première tentative de suicide journalistique en chroniquant au Monde), ni l’atrabilaire Pascal Bruckner (inventeur de l’expression « concurrence victimaire » reprise en chÅ“ur par tous les crétins), ni aucun de leurs émules auxquels France Culture (que les « sauvages » des DOM n’ont toujours pas le droit de capter) offre un porte-voix permanent. M’étant déjà occupé du cas Pétré-Grenouilleau dans Les Nègres de la République, je pensais avoir fini le travail. Mais j’avoue que la dame lui met un coup de grâce définitif (pp 264-282). Hmmm, que c’est bon ! Après Négrophobie où, avec le regretté Verschave, elle avait magistralement mouché Stephen Smith, autre négrologue patenté, l’auteur, dans un style agréable et sans avoir la prétention d’épuiser le sujet, fait la synthèse de ces vérités jamais bonnes à dire. On retiendra son analyse - à mon sens désopilante - de la manière dont Lagarde et son copain Michard, reprenant une thèse de Condorcet, ont inventé la lecture «ironique » de la charge négrophobe et esclavagiste de l’Esprit des lois de Montesquieu. (De l’esclavage des nègres). Nul doute que le magistrat bordelais s’exprimait au premier degré, hélas, comme Voltaire et tant d’obscurantistes des Lumières. Le fait d’être sot n’empêche ni d’être français ni d’être un grand écrivain (mais d’aucuns devraient comprendre que ça ne suffit pas). La manière dont Senghor est remis à sa place n’est pas mal non plus. « Il a eu un enterrement de laquais » constate la présidente de l’association Survie. Qui dit mieux ? L’ouvrage aurait peut-être gagné à nous donner une définition plus claire du racisme en jetant d’emblée aux tinettes le concept méphitique de « race humaine», que des psychopathes essaient aujourd’hui de nous re-parfumer. Mais l’ancienne compagne de Mongo Beti n’a sans doute pas osé crier haut et fort que les « noirs » d’un côté les « blancs » de l’autre, c’est une jolie foutaise. Cela conduit à utiliser de temps en temps - malgré elle semble-t-il - ces catégories douteuses tout en les récusant. Elle est bien indulgente, aussi, pour Jean-Paul Sartre, digne neveu d’Albert Schweitzer. On lui pardonnera parce qu’en refermant son ouvrage (j’ai commencé par la fin – l’exécution de Pétré-Grenouilleau - sans m’apercevoir qu’elle me rendait hommage au début) on a le sentiment que la brèche est ouverte. Bref, Du racisme français est un essai bien ajusté et réconfortant qui donne une furieuse envie d’en remettre une couche.