dimanche 20 avril 2008
Aimé Césaire avait suivi en direct à la télévision l’entrée au Panthéon d’Alexandre Dumas !
Par Claude Ribbe, dimanche 20 avril 2008 à 18:20 :: General

En contradiction totale avec la thèse de ceux qui prétendent qu’Aimé Césaire n’avait que mépris pour le Panthéon et, par conséquent, aurait peu apprécié qu’on lui en ouvrît les portes après sa mort, un document filmé inédit - qui se trouve depuis deux ans en ma possession - révèle que l’auteur du Cahier d’un retour au pays natal avait passé la journée du 30 novembre 2002 à regarder, avec beaucoup d’intérêt et d’émotion semble-t-il, en direct à la télévision, en compagnie de son ami Camille Darsières, l’entrée d’Alexandre Dumas, fils d’un esclave d’origine africaine, au Panthéon.
Signer la pétition pour l'entrée de Césaire au Panthéon
Une révélation suffisamment éloquente pour que la considération d’Aimé Césaire à l'égard de la nécropole républicaine et la conscience qu'il avait de l’importance symbolique de l'ouverture des portes de ce temple à un Afro-descendant ne puissent plus être mises en doute par quiconque. La question du mérite d’Aimé Césaire ne se posant même pas, c’est sur le fondement de cet émouvant entretien resté inédit (filmé le 17 juillet 2006 dans le cadre d’un documentaire que je réalisais) où Aimé Césaire évoque explicitement le Panthéon, que j’ai pris la décision, dès le 12 avril dernier (croyant que l’écrivain venait de mourir) de demander au Président de la République française que le poète puisse y entrer le 10 mai 2008. L’idée a ensuite été reprise et soutenue par des personnalités telles que Ségolène Royal, Jean-Christophe Lagarde et Abdou Diouf qui ne disposaient pas de cette information. Je suis certain qu’après avoir visionné ces images émouvantes, que je mets bien volontiers à leur disposition s’ils le souhaitent, ni la famille d’Aimé Césaire, dont le secrétaire d’Etat à l’Outre-Mer s’est récemment fait le porte parole, mais qui ne s’est jamais exprimée publiquement, ni le Président de la République, ne refuseront à Aimé Césaire l’honneur de suivre Alexandre Dumas au Panthéon. Les prétendues réticences des Martiniquais derrière lesquelles tentent de s’abriter les politiciens racistes qui jouent sur l’ambiguïté de Césaire, à la fois figure politique martiniquaise enracinée dans un terroir et écrivain de portée universelle dont la place est évidemment au Panthéon, ne suffiront pas à empêcher la République d’accueillir le pourfendeur du colonialisme parmi les figures tutélaires qui alimentent la mémoire collective française . Ce serait l’honneur de Nicolas Sarkozy s'il signait ce décret sans attendre qu’un de ses successeurs le fasse un jour, car c’est inéluctable : Aimé Césaire, tôt ou tard, entrera au Panthéon. Dans la perspective d’une meilleure diffusion d'une œuvre qui honore les lettres françaises et contribue à leur rayonnement, le plus tôt serait le mieux. Et la date du 10 mai prochain, dédiée à la mémoire de l’esclavage, c’est-à-dire à la Négritude, semble inéluctable.