samedi 10 avril 2010
Dîner du CRAN
Par Claude Ribbe, samedi 10 avril 2010 à 10:21 :: General

Les Haïtiens qui se demandent ce qu’ils mangeront ce soir seront contents d’apprendre qu’il existe à Paris une association ayant organisé cette semaine un dîner consacré à Haïti. Ils seront encore plus surpris d’apprendre que ce dîner à deux cent cinquante euros par tête de pipe (à moins qu'ils n'aient augmenté leurs prix) était organisé par une association de « noirs ». Deux cent cinquante euros, presque le salaire annuel d'un Haïtien qui a du travail. Depuis cinq ans, pour la plus grande joie des racistes français, qui ne sont pas majoritaires, mais néanmoins nombreux (et qui pour le coup ont raison de se marrer) le CRAN se dit représentatif des « noirs » de France. Ils savent : ils ont compté. La particularité de ce dîner qui n’est que la copie de celui du CRIF, une autre association qui se dit représentative et qui, d’après ce qu’on m’a dit, contrôle la précédente, c’est que la plupart des gens qui sont à table - hormis Lozès, le président du CRAN- sont blancs de peau et que tous ceux qui sont cachés aux cuisines pour faire la tambouille et la plonge sont des nègres qui n’ont pas eu de chance. A moins qu'ils n'aient pas voulu adhérer au CRAN et se trouvent de ce fait punis. Mais tout ça n’est qu’un détail. Ce qui importe, c’est de pouvoir faire la liste des notables – blancs évidemment de peau - qui étaient à table et qui s’en sont fourré jusque là, comme dans l’opéra d’Offenbach. Lequel ? La Vie parisienne, si vous voulez savoir, bande de braques, bandes d'incultes notoires ! Cette liste des gens qui ont bien dîné est utile dans la chasse aux subventions, l’activité principale de ce type d’association entre deux dîners annuels. Voyons donc qui d’important s’en est fourré jusque là en l'honneur des affamés haïtiens. Laissons de côté les communistes. Ils aiment bien le CRAN les cocos, allez savoir pourquoi. Mais comme ils n’ont pas d’argent, ils ne comptent pas. Besson n’ayant pas voulu venir, et Brice non plus, je ne vois comme huile que le ministre des Affaires étrangères Kouchner qui a fait, entre la poire et le fromage, une déclaration importante. Il a dit - burk ! - il a dit qu’il était favorable aux statistiques de la diversité. Compter les noirs et les arabes, c’est vrai que c’est intelligent et important. Parce qu’on ne compte que les noirs et les arabes. Comment M. Kouchner reconnaît-il on un noir ? Fastoche : quelqu’un dont on est sûr qu’il ne travaille pas au quai d’Orsay (mis à part le nettoyage et la sécurité). Oui, mais il y en a qui sont quand même plus noirs que d’autres. Si ça ce voit, répondent en choeur le docteur et le pharmacien (Kouchner est docteur, Lozès est pharmacien, le CRAN lui sert d'officine...), c’est un noir, point barre. Il n’y a qu’à reprendre la nomenclature de la ségrégation utilisée aux USA à la fin du XIXe siècle. Là, on savait bien les reconnaître les noirs. Donc il n’y a pas de raison. Mais attention, cette fois c’est positif.
Exécutons les ordres, alors.
- A mon commandement, sur deux rangs, bande de p’tits salopards ! La diversité à gauche, les blancs à droite ! Non, non, j’ai dit les blancs ! Toi t’es pas complètement blanc. Tu t’es regardé ? Veux pas le savoir ! A gauche ! T’as compris ?
- Chef ! Chef ! Et les arabes, on fait comment ? On les reconnaît à quoi ? OK, je me débrouille. Eh chef, y’a un arabe, là, qui dit qu’il est juif, je fais quoi ? Comment on reconnaît les juifs ? Ah d’accord, juif, c’est pas une race. Sinon t’es raciste. Ok, Noir et arabe, c’est une race et là t’es pas raciste, au contraire : tu fais de la promotion de la diversité ? OK, chef. J’ai compris.
Bon, une fois que tout le monde est en rangs. On fait quoi ? On inspecte pour la nomination des prochains ambassadeurs de la France. D’accord. Kouchner passe avec Lozès pour la revue, après le dîner, et là - burk ! - ils sortent du rang de la diversité deux ou trois gars bien noirs, bien arabes (voyez ce que je veux dire) qu’ils nomment ambassadeurs. J'ai dit des gars, parce qu'au CRAN, il y a surtout des gars. C'est comme ça. Sauf sur les photos, bien sûr, quand ils posent avec des pancartes et qu'on met quelques filles autour de Lozès. Bon, reprenons les nominations d'ambassadeurs. Pour compléter, on va prendre tous ceux qui sont dans le rang de droite (les blancs). Ensuite on compte. Mais pas les juifs, imbécile, puisqu’ils sont blancs ! Cent soixante dix ambassadeurs blancs. Trois ambassadeurs de la diversité. Non, deux. On a gardé un poste - discrimination positive oblige - pour Lozès, le président du CRAN, qu’on pourrait nommer en Haïti, par exemple. Lozès, tout ce qu’il veut, c’est un poste bien payé avec beaucoup de dîners, des décorations devant derrière et des blancs qui lui disent qu’il est gentil et d’autres noirs avec de grands éventails qui le ventilent pour qu’il n’ait pas trop chaud. Et c’est vrai qu’il est gentil. Vous avez vu ce sourire de tombeur ? Donc les Haïtiens sont contents d’avoir Casimir comme ambassadeur. Déjà, on leur avait envoyé Rama Yade en éclaireuse, si j’ose dire, il y a trois ans. Rama Yade-HaÏti, vous ne voyez pas le rapport ? C’est que vous êtes bêtes, alors.
Après ça vous irez dire qu’on est racistes, hein ?