vendredi 16 avril 2010
L’histoire comme force politique.
Par Claude Ribbe, vendredi 16 avril 2010 à 11:38 :: General
Il est des jours où s’impose une évidence : les politiciens français, de droite comme de gauche, sans oublier le centre, se payent ouvertement la tête des descendants d’esclaves et d’indigènes, dont la force électorale potentielle représente pourtant de quoi peser lourdement sur l’issue des élections. J’ai dit « les descendants d’esclaves et d’indigènes » car telle est à la fois la clé du problème et le problème lui-même. Le code noir et le code de l’indigénat ont fait de tels ravages que les effets s’en font sentir bien au-delà des abolitions, des indépendances et des naturalisations : je ne vois partout que racisme et discrimination. Et c’est de pire en pire. Une seule avancée : l’émergence d’une autre approche de l’histoire. Des crimes et des héros surgissent des oubliettes. L’ignorance de leur propre histoire, c’est la garantie, pour les opprimés, d’avoir des enfants qui continueront à être opprimés, d’une manière ou d’une autre. Le fait d’avoir dans leurs ancêtres une majorité d’esclaves ou d’indigènes explique l’infériorité économique et sociale actuelle de certains Français entièrement à part. Dans une démocratie, cela n’implique nullement l’infériorité politique si les intéressés ont l’intelligence de se rassembler autour de ce qui leur est commun - ils sont d’abord des descendants d’esclaves ou d’indigènes - au lieu de se séparer par couleurs ou régions d’origine comme on essaie de le leur imposer : « arabes », « noirs », « jaunes » ? Du vent ! Maghrébins, Africains, Antillais, Asiatiques ? Du vent ! La diversité ? Du vent ! Les statistiques de la diversité ? Un crime. La réalité, c’est que la France, comme d’autres puissances occidentales, a voulu s’agrandir aux dépens de populations pacifiques et qu’elle s’est imposée par la force en des régions du monde d’où certains Français, par un effet boomerang, sont à présent originaires. Leurs ancêtres étaient des opprimés. Qu’ils en prennent conscience et ils obtiendront par les urnes un début de réparation. Regardons les états-majors de tous les partis : la honte ! Mis à part une poignée de vendus habitués aux courbettes et aux humiliations, je ne vois personne. Du moins pour le moment, car tout ceci n’est que provisoire. Christiane Taubira a obtenu 2,32 % des suffrages au premier tour de l’élection présidentielle en 2002, ce qui est considérable. L’élection présidentielle de 2012 se jouera sans doute à beaucoup moins. Le parti communiste n’a obtenu que 1,93 % à la présidentielle de 2007 et 4,29 % aux législatives qui ont suivi, ce qui ne l’empêche pas, grâce à une alchimie subtile, d’avoir 18 députés à l’assemblée nationale ! La même alchimie subtile pourrait porter à l’assemblée nationale en 2007 autant de descendants de victimes de l’histoire occultée de la France sur un programme de salut public invitant au respect des fondamentaux de la République: égalité des droits sans distinction de couleur, fraternité. Tant que cette résolution politique n’existera pas, les politiciens français, aussi racistes les uns que les autres à droite à gauche et au centre, n’auront aucune considération pour ceux qui ne sont pour eux que des inférieurs. Les choses peuvent changer dès 2012. On ne donnera jamais le pouvoir aux descendants d’esclaves et d’indigènes. Alors qu’ils le prennent ! Leur avantage ? L’opprimé est mieux placé pour réfléchir à sa situation et aux moyens de l’améliorer que l’oppresseur ne l’est pour réfléchir aux moyens de poursuivre l’oppression. L’oppresseur pense toujours que s’il opprime si bien, c’est qu’il est supérieur et que les choses se perpétueront sans se poser la moindre question. Il a tort. À force de réfléchir, quand on n’est pas trop bête, on trouve des solutions. Quand on a la solution, il est temps de poser clairement le problème. Pour régler ses comptes, il faut bien se mettre un jour à son compte.