Un petit volcan islandais se réveille et la face du monde en est soudain changée. Depuis deux jours, plus aucun avion dans le ciel de l’Europe. Et cela pourrait bien durer. Les vacanciers franciliens qui rêvaient de destinations lointaines en sont pour leurs frais. La France est en particulier coupée de cet outre mer dont on se demande ce qu’il représente exactement pour elle, au-delà d’un vestige des splendeurs d’antan et de deux ou trois millions de « noirs » descendants d'esclaves, autant de délinquants potentiels à gérer selon Éric Zemmour, qui dispose toujours d’une tribune sur la chaîne de service public RFO sans protestations de quiconque, hormis les miennes. Imagine-t-on ce qui se passerait si cette situation devait se prolonger pendant quelques semaines, voire quelques mois ? La France a-t-elle prévu que la Guadeloupe, la Martinique, la Guyane, la Réunion puissent prospérer indépendamment de la coupure des communications aériennes ? Je n’en suis pas sûr. Si on prend l’exemple de la Guadeloupe, où les exportations ne couvrent les importations qu’à hauteur de 6 %, où l’économie dépend largement du nombre de touristes (essentiellement métropolitains) qui débarquent à l’aéroport de Pointe à Pitre, la situation, sans avions pour faire le lien avec la métropole (qui représente près des deux tiers des échanges) peut vite devenir compliquée. N’oublions pas non plus que le volcan de La Soufrière, en Guadeloupe, qui ne s’est pas manifesté intempestivement depuis 1976, est classé parmi les trois plus dangereux d’Europe (il paraît en effet que la Guadeloupe est en Europe). La Soufrière aussi pourrait bien cracher son nuage un jour ou l’autre, à l’instar de son homonyme de Montserrat qui a soufflé le sien voici quelques semaines, paralysant pendant quelques jours le trafic aérien, dans la plus grande indifférence de la métropole. En ce qui concerne l’île de Marie-Galante, elle n’est pas dérangée par les nuages de silice car la liaison aérienne avec Pointe à Pitre a été supprimée sans que cela ne dérange personne à Paris, apparemment. Il faut cependant se méfier des volcans islandais. Selon certains observateurs, les répercussions d’une éruption islandaise en 1783-1784 auraient suffisamment perturbé la météorologie pour que les effets s’en soient fait encore sentir sur les récoltes de l’année 1788 qui, on le sait, ont été assez catastrophiques pour conduire à quelques événements spectaculaires l’année suivante qui permirent la révolte des esclaves d’août 1791 en Haïti, première étape de l’abolition générale de 1794. Qui sait les conséquences de l’éruption d'Eyjafjallajokull pour la France et son outre-mer ?