Pour la cinquième année consécutive, le 10 mai, sera célébrée la commémoration de l’abolition de l’esclavage en France hexagonale. Pour la seconde année consécutive, le président de la République, qui avait pourtant assisté à cette commémoration en 2006, 2007 et en 2008, ne participera physiquement à aucune cérémonie officielle. C’est le signe clair que le 10 mai n’est vraiment plus l’affaire du gouvernement et sans doute faut-il s’en réjouir après les dérives indignes auxquelles on avait assisté en 2008 et les tentatives absurdes de délocalisation de la cérémonie en 2009. Quant au comité pour la mémoire (et l’histoire) de l’esclavage, on a bien compris que, faute de budget, il ne pouvait servir à rien. Il suffit de consulter, sur son site, le bilan de ses activités et de ses réalisations pour se convaincre de son efficacité. Cependant, la loi adoptée le 10 mai 2001, purement symbolique, ne peut être remise en cause et ne le sera pas, malgré les tentatives de certains révisionnistes qui avaient abouti à une commission d’enquête sur les questions mémorielles, malgré les efforts de ceux qui voulaient brouiller les cartes en contestant la date elle-même, ce qui est un combat insignifiant. Le 10 mai ne sera désormais que ce qu’en feront ceux qui auront su prendre leur destin en mains. Certains verront encore dans cette date l’occasion d’aller gesticuler avec des banderoles comme s’il s’agissait, ce jour là, d’une manifestation politique de plus. D’autres organiseront des colloques dans l’espoir de se donner un peu d’importance et dissimuler la vacuité et la stérilité de leur pensée. Mais n’est-ce pas en désignant, dans chaque ville, un lieu symbolique et en organisant autour de ce lieu symbolique un moment digne, susceptible d’être partagé par tous que le 10 mai peut prendre du sens ? Le problème est d’avoir, sur la voie publique, un lieu suffisamment significatif pour que la cérémonie s’y déroule naturellement. Dans de nombreuses villes de France, le combat pour un mémorial est engagé. À Paris, c’est chose faite. Non sans luttes. Ce lieu symbolique existe depuis le 4 avril 2009, date de son inauguration. C’est le monument au général Dumas, place du général-Catroux, face au consulat d’Haïti et de l’ambassade du Libéria qui, à travers d’immenses chaînes brisées de cinq mètres de haut, évoque assez clairement l’abolition de l’esclavage pour que rien à Paris ne puisse rivaliser avec ce monument exemplaire et incontournable. Toutes les initiatives qui voudraient ignorer ce lieu en appelant à se retrouver n’importe où ailleurs à Paris pour y faire n’importe quoi se désignent elles mêmes pour ce qu’elles sont. Elle sont dictées et parfois mêmes financées par les révisionnistes et les racistes. Elles sont vouées à l’échec, car c’est place du général-Catroux, et nulle part ailleurs à Paris - parce que c’est illégitime et impossible - qu’aura lieu désormais la manifestation du 10 mai. Il ne s’agit plus de brailler, de gesticuler pour susciter le mépris des passants, de palabrer dans des colloques dégoulinant d’ennui, mais simplement de démontrer à l’ensemble des Français, réunis autour d’un monument, qu’ils peuvent se rassembler, sans distinction de couleur, autour d’événements longtemps occultés. Ces événements font partie de leur histoire. La connaissance et la célébration de ces moments douloureux sont indispensables à la lutte contre le racisme qui donne du sens à la commémoration du 10 mai parce qu’elle concerne tout le monde. Le général Alexandre Dumas, né esclave en Haïti, personnalité universellement respectée, héros de la Révolution, privé de Légion d’honneur depuis 1802 à cause de la couleur de sa peau, est suffisamment exemplaire et rassembleur pour que le monument qui lui est dédié serve désormais de point d’ancrage aux manifestations commémoratives de l’abolition de l’esclavage. Tout près des chaînes brisées devant lesquelles aura lieu la cérémonie, un autre monument, celui rendant hommage à Alexandre Dumas, l’écrivain, son fils. Après le film sacrilège qui n’a inspiré qu’indifférence aux spectateurs français, une autre bonne raison de venir se recueillir place du général-Catroux, le 10 mai 2010, à partir de 16 h 30. Manifestation officielle à 18 heures, avec un hommage réunissant plus de cent musiciens en chanteurs (musique principale de l’armée de Terre, chorales d’enfant des écoles, tambours, gwo ka et lambis de Dominique Tauliaut et du groupe Miyo). Buffet et rafraîchissements offerts par les associations (amis du général Dumas, amitié Marie-Galantaise, Armada).