le Blog de Claude Ribbe

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jeudi 24 avril 2008

Le marie de Paris, M. Bertrand Delanoë, devrait annoncer officiellement le 25 avril 2008 la mise en place à Paris d'un important monument à la gloire du général Dumas

Signer la pétition pour l'entrée de Césaire au Panthéon

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dimanche 20 avril 2008

Aimé Césaire avait suivi en direct à la télévision l’entrée au Panthéon d’Alexandre Dumas !


En contradiction totale avec la thèse de ceux qui prétendent qu’Aimé Césaire n’avait que mépris pour le Panthéon et, par conséquent, aurait peu apprécié qu’on lui en ouvrît les portes après sa mort, un document filmé inédit - qui se trouve depuis deux ans en ma possession - révèle que l’auteur du Cahier d’un retour au pays natal avait passé la journée du 30 novembre 2002 à regarder, avec beaucoup d’intérêt et d’émotion semble-t-il, en direct à la télévision, en compagnie de son ami Camille Darsières, l’entrée d’Alexandre Dumas, fils d’un esclave d’origine africaine, au Panthéon.

Signer la pétition pour l'entrée de Césaire au Panthéon

Une révélation suffisamment éloquente pour que la considération d’Aimé Césaire à l'égard de la nécropole républicaine et la conscience qu'il avait de l’importance symbolique de l'ouverture des portes de ce temple à un Afro-descendant ne puissent plus être mises en doute par quiconque. La question du mérite d’Aimé Césaire ne se posant même pas, c’est sur le fondement de cet émouvant entretien resté inédit (filmé le 17 juillet 2006 dans le cadre d’un documentaire que je réalisais) où Aimé Césaire évoque explicitement le Panthéon, que j’ai pris la décision, dès le 12 avril dernier (croyant que l’écrivain venait de mourir) de demander au Président de la République française que le poète puisse y entrer le 10 mai 2008. L’idée a ensuite été reprise et soutenue par des personnalités telles que Ségolène Royal, Jean-Christophe Lagarde et Abdou Diouf qui ne disposaient pas de cette information. Je suis certain qu’après avoir visionné ces images émouvantes, que je mets bien volontiers à leur disposition s’ils le souhaitent, ni la famille d’Aimé Césaire, dont le secrétaire d’Etat à l’Outre-Mer s’est récemment fait le porte parole, mais qui ne s’est jamais exprimée publiquement, ni le Président de la République, ne refuseront à Aimé Césaire l’honneur de suivre Alexandre Dumas au Panthéon. Les prétendues réticences des Martiniquais derrière lesquelles tentent de s’abriter les politiciens racistes qui jouent sur l’ambiguïté de Césaire, à la fois figure politique martiniquaise enracinée dans un terroir et écrivain de portée universelle dont la place est évidemment au Panthéon, ne suffiront pas à empêcher la République d’accueillir le pourfendeur du colonialisme parmi les figures tutélaires qui alimentent la mémoire collective française . Ce serait l’honneur de Nicolas Sarkozy s'il signait ce décret sans attendre qu’un de ses successeurs le fasse un jour, car c’est inéluctable : Aimé Césaire, tôt ou tard, entrera au Panthéon. Dans la perspective d’une meilleure diffusion d'une œuvre qui honore les lettres françaises et contribue à leur rayonnement, le plus tôt serait le mieux. Et la date du 10 mai prochain, dédiée à la mémoire de l’esclavage, c’est-à-dire à la Négritude, semble inéluctable.

samedi 19 avril 2008

Césaire "normalien noir", au Panthéon le 10 mai 2008 !

signer la pétition Césaire au Panthéon

J’ai proposé, dès le 12 avril, l’entrée de Césaire au Panthéon et cette idée est soutenue par des politiques respectables : Ségolène Royal, Jean-Christophe Lagarde, Abdou Diouf. Bien entendu, il y a ceux que cela agace. On les comprend. D’aucuns préféreraient que tout soit vite expédié, là-bas, loin de Paris, pour bien montrer que Césaire n’était qu’un auteur mineur, régional et communautariste, que, pour la France, cela n’a aucune importance. Enterrons-le vite en Martinique, et qu’on n’en parle plus ! D’autres préféreraient que Césaire soit à jamais séparé des «blancs». Examinons un peu leurs arguments. Les uns disent que Césaire ne mérite pas le Panthéon et que lui en ouvrir les portes serait un acte « communautariste » et démagogique. C’est à peu près la position de la frange raciste de l’extrême droite. Les autres soutiennent qu’il «faut» le laisser en Martinique, sans explication ou en parlant vaguement de « racines », ce qui revient exactement au même. C’est du Barrès, c’est du Maurras au petit pied ! C’est la position des Afro-fascistes et des Afro-racistes qui haïssent la République française et toutes ses institutions. C’est aussi la position de Dieudonné. C’est aussi la position de Dominique de Villepin. Je n'ai d'ailleurs pas compris à quel titre ce monsieur s'exprimait. En tant que poète comparable à Césaire ? En tant qu'ancien ministre des Affaires étrangères qui envoya sa soeur, aux frais de la République, boycotter le bicentenaire d'Haïti et approuver un coup d'Etat qui fit vingt mille morts et dont les conséquences plongent aujourd'hui le pays dans la famine ? En tant qu'ancien Premier ministre qui refusa de commémorer le bicentenaire de la mort du général Dumas ? En tant qu'époux d’une « Béké » de la Martinique ? En tant qu'admirateur de Napoléon qui rétablit l'esclavage dans les colonies françaises et fit entrer au Panthéon Ambroise Régnier (qui y est encore) pour avoir signé en 1803 une circulaire interdisant les mariages mixtes sur le territoire métropolitain ? C’est malheureusement aussi la position de François Bayrou, qui, pour le coup, aurait mieux fait de se taire. Une pareille attitude n’étonnera personne quand on sait que Bayrou fit discrètement retirer, lorsqu’il était ministre de l’Education, à la demande d’Alain Griotteray, Le Discours sur le colonialisme des programmes scolaires. Donc pour ces gens, Césaire serait un auteur de portée « régionale » (entendez : il n’intéresse que les « nègres »). Donc, les Martiniquais en Martinique, les Africains en Afrique et la France aux Français ! Outre qu’il ne connaissent pas la Martinique et ignorent que les indépendantistes, largement représentés, n’ont pas pardonné à Césaire la départementalisation, ceux qui refusent le Panthéon à Césaire oublient les Martiniquais qui sont nés en France, qui sont très attachés à leur île, mais qui n’ont aucune intention d’y retourner. - Ah oui, c’est vrai ! On n’y avait pas pensé ! - Eh bien pensez-y, Mesdames et Messieurs les Ministres. Et pensez-y vite ! Ainsi, donc, le « Cinquième DOM » ne compterait pas ? Il y a autant de Martiniquais et de Guadeloupéens en métropole et principalement dans la région parisienne (pas loin du Panthéon) qu’en Martinique et en Guadeloupe. Ceux là, qui lisent Césaire, mais qui ne parlent pas tous le créole, ne sont certainement pas opposés à la panthéonisation. Mais leur avis ne compte pas. Qu’a-t-on fait, jusqu’ici, pour les Antillais déracinés de métropole, mis à part d’enterrer leurs congés bonifiés, de les priver de leurs bonus de retraite, de les empêcher d’aller voir leur famille par des tarifs aériens prohibitifs ou de les infantiliser en leur proposant de se donner en spectacle place de la Sorbonne et de danser le zouk et au son du tambour devant le ministre de l’Agriculture sous prétexte de « veiller » Césaire sous l’œil bienveillant des tenants du communautarisme blanc et colonial ? Si ce folklore ridicule et indigne doit servir à promouvoir la banane martiniquaise, est-ce bien le moment ? Les Antillais de France sont-ils au moins représentés à Paris pas l’un des leurs ? Non pas ! Alors si les Antillais de France n’ont même pas le droit d’être représentés à Paris par un éminent Antillais vivant, qu’on leur laisse au moins la dépouille du plus éminent des Antillais, maintenant qu’il est mort. L’avis des Martiniquais insulaires ? On n’a pas voté en Martinique, que je sache, pour savoir si les Martiniquais insulaires sont d’accord ou pas pour que Césaire entre au Panthéon. S’est-on occupé de ce que pensait le département de l’Aisne pour savoir s’il fallait panthéoniser Dumas ? J’ai suivi les choses en direct et de très près. Beaucoup d’habitants de Villers-Cotterêts étaient contre. Mais le président de la République de l’époque a pris ses responsabilités en passant outre et il a fort bien fait. Il y a bien eu une petite polémique entretenue par quelques irréductibles, mais elle est vite retombée. Aujourd’hui, à Villers-Cotterêts, tout le monde s’est rallié au Panthéon, ce qui n’empêche pas que l’on continue à aller en pèlerinage sur place. Le «culte» dumasien s’en est même trouvé renforcé. Aux Martiniquais de profiter de cette panthéonisation pour demander au président de la République les aides de la métropole dont ils ont grand besoin. La position de Césaire sur sa propre panthéonisation ? Ridicule ! Il n’y a aucun exemple d’une personne vivante qui déclare vouloir être inhumée au Panthéon (sauf peut-être le grand poète Dominique de Villepin). Je n’ai pas remarqué que Césaire se soit opposé à la panthéonisation de Félix Eboué qui était guyanais ni, plus récemment, à celle d’Alexandre Dumas. Césaire n’avait aucune position là-dessus. Tout ce qu’on peut dire, c’est qu’il était foncièrement républicain et que tout républicain de mérite accepte, a priori, le Panthéon si tel est le souhait de la République. Parlons un peu de la famille. Elle ne s’est jamais exprimée. D’ailleurs, pourquoi s’exprimerait-elle ? C’est le Président de la République et le Président de la République seul qui décide de la mise au Panthéon. C’est à lui et à lui seul de faire valoir auprès de la famille l’intérêt général qui l’emporterait sur les intérêts particuliers. Oui, l’intérêt général ! Car si Césaire est un grand Français –et il doit l’être puisqu’on va lui offrir, conformément à ma demande, des funérailles nationales, - sa famille, c’est aussi la France et non plus seulement sa famille biologique. C’est au non de l’intérêt général que le Président de la République doit trancher, la famille biologique entendue, naturellement. Mais je doute que la famille biologique de Césaire ne partage pas mon point de vue. Et puis un Président de la République doit prendre seul, en certaines circonstances, des décisions importantes, sans entendre les criailleries des uns ou des autres. Césaire doit entrer au Panthéon, parce que c'est le meilleur moyen d'attirer l'attention sur une oeuvre finalement méconnue du grand public. La panthéonisation de Dumas, par exemple, a été l'occasion de nombreuses rééditions. Césaire doit entrer au Panthéon parce que c’est un grand poète. Et des poètes, au Panthéon, jusqu’à présent, il n’y en a qu’un : Victor-Hugo. Césaire doit aller lui tenir compagnie. Césaire doit entrer au Panthéon en hommage aux Martiniquais : les insulaires et ceux de métropole pour lesquels on ne fait rien si ce n’est de les humilier en les donnant en spectacle dans la rue, aux Parisiens, comme on les exposerait au zoo. Césaire doit entrer au Panthéon parce que si lui n’y entre pas, aucun Antillais n’y entrera jamais. Césaire doit entrer au Panthéon pour rendre hommage à la négritude, c'est-à-dire à la mémoire de ceux qui ont lutté contre le colonialisme et l’esclavage. Césaire doit entrer au Panthéon pour rendre hommage à l'Afrique que la France a explloitée pendant des siècles. Césaire doit entrer au Panthéon pour rendre hommage aux Africains que la France a mis en esclavage en Martinique et aux Antilles et en particulier à Césaire, ancêtre d'Aimé Césaire, un esclave révolté de 1833. Césaire doit entrer au Panthéon parce qu’il a montré son attachement au quartier en passant huit ans de sa vie sur la montagne Sainte-Geneviève. Ce qu’il est, il le doit aussi au lycée Louis-le-Grand et à l’Ecole normale de la rue d’Ulm (promotion 1935) qui sont, comme le Panthéon, des institutions emblématiques de la République. Césaire doit entrer au Panthéon parce qu’il a été, durant une bonne partie de sa vie, traité comme un pestiféré (pendant longtemps aucun préfet ne franchissait le seuil de la mairie de Fort de France !) et qu’on doit réparer cette offense en lui accordant au moins cet honneur posthume. Césaire doit entrer au Panthéon, car s’il n’y entrait pas, le monde entier dirait que la République française est raciste. Césaire doit entrer au Panthéon pour échapper à la récupération communautarise qui s’ensuivrait forcément s'il n'y entrait pas. Césaire doit entrer au Panthéon pour que l’on continue à parler de son oeuvre au lieu de l'enterrer précipitamment sous quelques pelletées de « négritude ». Césaire doit entrer au Panthéon parce que son ami Senghor n'y a pas eu droit, malgré la demande d'Abdou Diouf. Césaire doit entrer au Panthéon le 10 mai 2008, histoire de donner un peu de sens à cette date pour laquelle le gouvernement n'a rien prévu d'autre qu'un singerie au Sénat orgnaisée par des gens qui n'ont ni compétence ni légitimité et au mépris de l'Outre-mer.

Il y a quelques temps, j’ai été traité de « normalien noir » par un écrivain français que d’aucuns respectent, paraît-il, alors qu’il a traité les Martiniquais d’ « assistés ». Césaire aussi était un « normalien noir ». Eh bien moi, « normalien noir » de la promotion 1974 de la rue d’Ulm – premier Guadeloupéen à entrer dans cette école - moi qui ai passé trois ans de ma vie sur les bancs du lycée Louis-le-Grand sur les pas d’Aimé Césaire, avant de passer quatre autres années à l’Ecole normale, toujours sur les traces de mon aîné, je revendique ce titre de « normalien noir», je revendique aujourd’hui ma négritude de « normalien noir » pour demander, au nom de tous les « normaliens noirs » qui ne sont, hélas, pas bien nombreux, et au nom de tous les normaliens « blancs », « jaunes » et « verts » dont aucun n’a jamais été panthéonisé depuis la création de l’Ecole en 1794 (année de l’abolition de l’esclavage) ; au nom d’Evariste Gallois, de Jean Jaurès, d’Henri Bergson, de Romain Rolland, de Léon Blum ; au nom de Charles Péguy, au nom aussi des normaliens des promotions 1914-1918, tombés pour la France ; au nom de Simone Weil, de Jean Cavaillès, de Marc Bloch, de Pierre Brossolette ; au nom de Maurice Genevoix, au nom de Jean Guéhenno, au nom de Jean Guitton, au nom de Jean-Paul Sartre, de Paul Nizan, de Michel Foucault, de Vladimir Jankélévitch ; au nom de mes maîtres Jean-Toussaint Desanti et Pierre Boutang, qui furent camarades de promotion de Césaire, au nom de Julien Gracq, de Maurice Clavel ; au nom de mon ami Alain Peyrefitte, au nom de Georges Pompidou, qui, lui, n’aurait pas hésité une seconde, je demande l’entrée de mon camarade Césaire, comme moi « normalien noir », au Panthéon de la République française le 10 mai 2008. L'idée que le premier normalien a entrer au Panthéon après Jaurès soit justement un "normalien noir" me paraît plutôt séduisante. Bref, Césaire ou Finkielkraut, maintenant, il faut choisir ! Et si Césaire n'a pas droit au Panthéon, alors exhumons vite Félix Eboué de cette nécropole interdite à la diversité, pour le renvoyer chez lui, chez les nègres, au soleil, en Guyane, là où il doit avoir, comme Césaire, ses "racines" !

jeudi 17 avril 2008

Accompagnons Césaire au Panthéon le 10 mai 2008 !

C’est avec beaucoup de tristesse que j’apprends aujourd’hui la mort d’Aimé Césaire qui avait déjà été annoncée par anticipation samedi 12 avril. A cette (fausse) nouvelle, j’avais immédiatement demandé - d’une manière involontairement prématurée, ce que certains mauvais esprits n'ont pas manqué de me reprocher - au président de la République d’ouvrir, le 10 mai prochain, les portes du Panthéon à l’auteur du Discours sur le Colonialisme après des funérailles nationales. Je me réjouis que mon idée ait été reprise aujourd’hui par des élus de sensibilités différentes tels que Ségolène Royal ou Jean-Christophe Lagarde. Au-delà de ces deux personnalités, c’est toute la classe politique qui devrait appuyer cette demande et, au-delà de la classe politique, tous les Français. Une pétition pour que Césaire entre au Panthéon le 10 mai 2008 a été mise en ligne dès le 12 avril et je vous invite à la signer dès à présent en cliquant ci-dessous :

signer la pétition "Césaire au Panthéon"

J’invite aussi les Français de toutes couleurs à se rassembler à Paris ce même samedi 10 mai à 14 heures place de la République pour donner à la marche déjà prévue à l’appel de mon ami Claudy Siar le sens d’un grand hommage populaire à Aimé Césaire.

Le texte de la Pétition :



Monsieur le Président de la République,

Césaire est mort. Mais son œuvre est indestructible. Voici tantôt deux ans, Monsieur le Président de la République, vous avez tenu à rencontrer Aimé Césaire et il vous a offert, je crois, son Discours sur le colonialisme.

Un texte fondamental, vous en conviendrez, puisque vous l’avez lu. Fondamental et scandaleux, vous en conviendrez également. Mais quels sont les grands auteurs qui n’ont pas produit au moins un texte scandaleux ? Quels sont les politiques qui n’ont pas commis au moins une bévue ?

Vous aurez bientôt à célébrer une date importante, celle de l’abolition de l’esclavage et je ne doute pas un instant que cela vous préoccupe, vous qui avez refusé la «repentance». À juste titre. Qui aurait osé demander à Césaire, français comme vous et moi, de se repentir ?

On dit que vous assisterez à la commémoration du 10 mai 2008. On dit aussi qu’elle pourrait se réduire à une singerie accommodée par des gens qui n’ont ni compétence, ni légitimité pour parler de l’esclavage et de ceux qui en sont issus. Alors plutôt que d’enterrer la loi du 10 mai 2001 par un ridicule spectacle de patronage, indigne de votre présence et qui irriterait l’Outre-mer, vous pourriez ce jour là honorer les descendants d’esclaves en accompagnant au Panthéon l’un des plus grands d’entre eux, l’auteur du Discours sur le colonialisme et de Toussaint Louverture. Ce serait pour vous l’occasion de rappeler au monde entier que la France, pays des droits de l’homme, n’a peur ni de son histoire ni de ses auteurs réputés dérangeants et peut se retrouver sans crainte au sein d’une mémoire partagée.

C’est pourquoi j’ose solliciter de votre haute bienveillance, Monsieur le Président de la République, un décret pour que la dépouille d’Aimé Césaire, après des funérailles nationales exceptionnelles, soit transférée au Panthéon le samedi 10 mai 2008.

Je vous prie d’agréer, Monsieur le Président de la République, l’expression de ma respectueuse considération.

Claude Ribbe

lundi 14 avril 2008

Hommage national à Césaire le 10 mai 2008

On m’a brutalement annoncé vendredi 11 avril que Césaire était à l’agonie, puis sa mort, dont l’annonce officielle devait intervenir samedi 12 avril à 17 h (heure de Paris). La stupeur passée, ma première réaction a été de proposer que la République lui rende un hommage national et qu’il entre au Panthéon, ce qui a donné lieu à un communiqué. C’était une manière d’attirer l’attention sur une œuvre immense dont l’aspect subversif dérange encore. Qu’on en juge :« Oui, il vaudrait la peine d’étudier cliniquement, dans le détail, les démarches de Hitler et de l’hitlérisme et de révéler au très distingué, très humaniste, très chrétien bourgeois du XXe siècle qu’il porte en lui un Hitler qui s’ignore, que Hitler l’habite, qu’Hitler est son démon, que s’il le vitupère,c’est par manque de logique, et qu’au fond ce qu’il ne pardonne pas à Hitler, ce n’est pas le crime en soi, le crime contre l’homme, ce n’est pas l’humiliation de l’homme en soi, c’est le crime contre l’homme blanc et d’avoir appliqué à l’Europe des procédés colonialistes dont ne relevaient jusqu’ici que les Arabes d’Algérie, les coolies de l’Inde et les nègres d’Afrique » (Discours sur le Colonialisme 1950). Eh oui, c’est cela, Césaire. L’œuvre du «chantre de la négritude » est aussi une poétique de l’insurrection. Depuis, la nouvelle de sa mort a été infirmée, son état étant qualifié de « stable », mais aussi de « préoccupant» ce qui ne me rassure qu’à moitié. Je forme évidemment des vœux pour qu’Aimé Césaire se rétablisse et que son entrée au Panthéon, dont je maintiens fermement l’idée, ne soit qu’une perspective lointaine. Mais je continue à penser que la journée de mémoire du 10 mai 2008 doit lui être consacrée. Un digne hommage serait en effet la moindre des choses pour honorer un homme qui a longtemps été voué aux gémonies avant d’être sacrifié à l’idolâtrie.

samedi 12 avril 2008

Césaire au Panthéon le 10 mai 2008 !

Monsieur Nicolas Sarkozy,

Président de la République,




Monsieur le Président de la République,




Césaire est mort. Mais son œuvre est indestructible. Voici tantôt deux ans, Monsieur le Président de la République, vous avez tenu à rencontrer Aimé Césaire et il vous a offert, je crois, son Discours sur le colonialisme. Un texte fondamental, vous en conviendrez, puisque vous l’avez lu. Fondamental et scandaleux, vous en conviendrez également. Mais quels sont les grands auteurs qui n’ont pas produit au moins un texte scandaleux ? Quels sont les politiques qui n’ont pas commis au moins une bévue ?

Vous aurez bientôt à célébrer une date importante, celle de l’abolition de l’esclavage et je ne doute pas un instant que cela vous préoccupe, vous qui avez refusé la «repentance». À juste titre. Qui aurait osé demander à Césaire, français comme vous et moi, de se repentir ?

On dit que vous assisterez à la commémoration du 10 mai 2008. On dit aussi qu’elle pourrait se réduire à une singerie accommodée par des gens qui n’ont ni compétence, ni légitimité pour parler de l’esclavage et de ceux qui en sont issus. Alors plutôt que d’enterrer la loi du 10 mai 2001 par un ridicule spectacle de patronage, indigne de votre présence et qui irriterait l’Outre-mer, vous pourriez ce jour là honorer les descendants d’esclaves en accompagnant au Panthéon l’un des plus grands d’entre eux, l’auteur du Discours sur le colonialisme et de Toussaint Louverture. Ce serait pour vous l’occasion de rappeler au monde entier que la France, pays des droits de l’homme, n’a peur ni de son histoire ni de ses auteurs réputés dérangeants et peut se retrouver sans crainte au sein d’une mémoire partagée.




C’est pourquoi j’ose solliciter de votre haute bienveillance, Monsieur le Président de la République, un décret pour que la dépouille d’Aimé Césaire, après des funérailles nationales exceptionnelles, soit transférée au Panthéon le samedi 10 mai 2008.




Je vous prie d’agréer, Monsieur le Président de la République, l’expression de ma respectueuse considération

lien pour signer la pétition

samedi 5 avril 2008

Liberté

La tentation d’asservir ses semblables remonte à l’aube de l’humanité et continue, hélas. Mais, voici plus de cinq siècles, la soif de l’or, le développement de la culture de la canne à sucre conjuguée avec la maîtrise de la connaissance méthodique et des techniques nouvelles, fait de l’esclavage, dans sa version transatlantique, une institution d’un genre inédit. La déshumanisation de l’esclave, la racialisation qui désigne a priori et arbitrairement en fonction de critères aussi aberrants que la couleur de la peau ou la forme du nez, tels individus comme victimes potentielles, la soudaine codification de l’institution, la rationalisation des méthodes de déportation et d’exploitation marquent un tournant sans précédent aucun dans l’histoire de l’humanité. Désormais, des êtres humains vont oser nier que d’autres êtres humains soient humains et, forts de ce principe sacrilège, ils vont oser agir en conséquence. De l’asservissement on peut facilement passer à l’extermination. Il suffit d’avoir l’audace de s’arroger à soi seul le droit de vivre, comme on s’est arrogé le droit exclusif de profiter du corps des autres. Et c’est ce saut qualitatif, cette rupture dans l’histoire de l’Humanité qui donne soudain naissance au préjugé de race, antinaturel et absurde au possible, diabolique parce qu’il sait se nier tout en s’affirmant. Si, heureusement, l’aspect légal de l’esclavage est partout banni depuis plus d’un siècle, si la pratique de l’esclavage est reconnue comme un crime imprescriptible, le préjugé de race survit partout, plus ou moins insidieusement, au cœur même de la prétendue civilisation. Il est même des hommes de science assez fous pour tenter encore de le justifier.

Mais depuis que le monde est monde, face aux hommes qui asservissent, d’autres hommes et d’autres femmes luttent pour la liberté. Leur liberté ou la liberté des autres ? Peu importe puisque la liberté, c’est l’essentiel, ce qui fait que l’humanité est humaine. On peut nier la liberté des autres comme on peut nier sa propre liberté, mais on ne peut ni priver complètement un être humain de sa liberté fondamentale ni renoncer vraiment à sa propre liberté. Ce serait renoncer à sa qualité d’être humain : le seul choix impossible. Pas de liberté non plus sans égalité ni fraternité ni vérité. C’est le combat de ces hommes et de ces femmes à coups de sabre, à coup de plume, à mains nues, et parfois seulement en résistant jusqu’à refuser de donner la vie, jusqu’à se donner la mort, ce combat pour être simplement humains qu’il faut absolument rappeler et honorer, sous tous les prétextes.

jeudi 3 avril 2008

Le bon Pasteur

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Martin Luther King est lié à des souvenirs de ma jeunesse. J’avais treize ans. En troisième Latin-Grec dans un grand lycée parisien. Je ne savais trop ce que je ferais plus tard. Pianiste, peut-être. Ma mère pensait que des études brillantes ouvraient toutes les portes. J’en étais beaucoup moins sûr. Aucun Antillais dans le lycée, hormis moi. «- Tu viens d’où ? » me demandait-on souvent. Un peu trop souvent. Mes parents étant séparés, j’avais peu de repères. J’aimais bien Luther King, mais je regrettais Malcom X, plus pugnace, assassiné trois ans plus tôt. On assassinait un peu trop à mon goût, en Amérique, en ce temps-là. Mes copains, c’était Lionel (dont le père était du Bénin), Éric, Thierry, Roger et aussi deux britanniques milliardaires, deux frères assez allumés que je voyais pendant les vacances. Le lycée n’était pas mixte, mais on ne pensait pas encore aux filles. Enfin pas trop. La période, on s’en souvient, était assez agitée dans les lycées parisiens et il y avait comme un parfum d’incendie qui allait se propager. Comme on était trop jeunes, on se contentait de regarder et de critiquer. Dans les couloirs, résonnaient les cris de nos aînés, qui étaient tous issus de milieux plutôt favorisés : « Ho ! Ho ! Ho Chi Minh ! Che ! Che ! Che Guevara !». C’est dire que la politique étrangère américaine n’avait pas trop bonne presse. On a dû apprendre la nouvelle de l’assassinat de Martin Luther King le lendemain matin à la radio. Je n’ai pas été étonné. Seulement triste et dégoûté. Le soir la télévision a diffusé des images. Des émeutes. Des brutalités policières. Une horreur. Tous mes souvenirs d’enfance sont marqués par ces images en noir et blanc de policiers lâchant des chiens pour mordre des Afro-Américains. On parlait de «ségrégation raciale». Je me disais que l’Amérique, ce n’était pas pour moi. Martin Luther King avait lutté pour que tout cela change. Qui continuerait son combat, là-bas et même ici où il me semblait que les choses ne tournaient pas très rond non plus ? Six ans plus tard, entré à Normale Sup, on m’a proposé une année à Harvard. Non merci. Il m’a quand même fallu trente ans après la mort de Martin Luther King pour que je me résigne à traverser l’Atlantique. Et encore n’étais-je guère rassuré. Lionel gère une grande banque. Mes deux copains britanniques sont morts depuis longtemps. Le premier d’une overdose, le second du Sida. Thierry a publié deux romans. Eric aussi. Son frère est un animateur de télévision très riche et très célèbre. J’ai revu Roger dans un avion qui m’emmenait à Toulon pour une signature de livres. C’était lui qui pilotait. En apparence, les choses ont bien changé en Amérique. En apparence. Ici, les Antillais et les Afro-Français sont beaucoup plus nombreux dans la rue, dans le métro et même dans les lycées qui son mixtes à présent. Ils sont beaucoup moins nombreux au gouvernement et dans les cabinets ministériels, c’est le moins qu’on puisse dire. Parfois, l’un d’entre eux que je ne connais pas vient me serrer la main. Mes filles me demandent pourquoi. Alors je souris et je pense au Pasteur.